En bref

Un détective privé en Suisse recueille des informations et des preuves pour un client privé : particulier, avocat, entreprise ou assureur. Ses mandats les plus courants sont l’enquête conjugale, la recherche de personnes, les vérifications pour entreprises et l’OSINT. Il travaille sans aucun pouvoir de contrainte, dans le respect strict du droit suisse.

Que fait concrètement un détective privé ?

Le détective privé répond à une question précise posée par un client. Mon conjoint me trompe-t-il ? Où vit ce débiteur ? Ce candidat a-t-il vraiment le parcours qu’il décrit ? Cet employé en arrêt travaille-t-il ailleurs ?

Pour y répondre, il observe, il documente, il recoupe des sources et il rédige un rapport. Ce rapport est souvent remis à un avocat, qui peut le produire en justice. Tout le métier tourne autour de cette exigence : une information exacte, obtenue légalement, présentée de façon exploitable.

Le détective n’est ni un policier ni un agent de sécurité. Il ne peut ni interpeller, ni fouiller, ni pénétrer dans un domicile, ni accéder aux fichiers de police. Ses limites sont détaillées sur la page ce qu’un détective a le droit de faire.

Détective privé en observation discrète dans une rue

Quels sont les principaux types de mandats ?

L’enquête conjugale

C’est le mandat le plus fréquent pour un détective indépendant. Le client veut sortir du doute sur une infidélité, ou un avocat a besoin d’éléments dans une procédure de séparation : concubinage, contribution d’entretien, garde des enfants. L’enquête comprend généralement quelques jours d’observation et un rapport détaillé. Pour un exemple réel d’activité spécialisée, voyez detective-conjugal.ch.

Les mandats pour entreprises

Arrêts maladie suspects, concurrence déloyale d’un ancien employé, vérification d’un partenaire commercial, vérification pré-emploi des références et diplômes d’un candidat. Ces mandats arrivent souvent par des avocats en droit du travail ou par des fiduciaires.

Les assurances

Les assureurs privés mandatent des détectives en cas de soupçon de fraude. Pour les assurances sociales, c’est un cadre à part : l’observation des assurés est régie par les art. 43a et 43b LPGA et nécessite une autorisation fédérale de l’OFAS, avec des exigences élevées (formation juridique reconnue, formation en observation, au moins 12 observations dans les 5 dernières années). Voir observation des assurés.

La recherche de personnes

Retrouver un débiteur, un héritier, un témoin, un proche perdu de vue. C’est surtout un travail de bureau : registres publics, sources ouvertes, contacts. Les règles d’accès aux registres sont expliquées sur la page registres publics suisses.

L’OSINT

La recherche en sources ouvertes (OSINT) est devenue une part essentielle du métier : réseaux sociaux, sites web, registres, métadonnées d’images. Elle prépare le terrain, évite des heures de filature inutiles et permet parfois de répondre au client sans sortir du bureau. Elle a aussi ses limites légales, notamment en matière de protection des données. Voir OSINT en Suisse et l’OSINT est-il légal ?

Types de mandats et nature du travail
MandatClient typeTravail principal
Enquête conjugaleParticulier, avocat en droit de la familleObservation, filature, rapport
EntrepriseEmployeur, avocat en droit du travail, fiduciaireObservation, vérifications, recoupements
AssuranceAssureur privé ou socialObservation encadrée, rapport
Recherche de personnesParticulier, créancier, notaire, avocatRegistres, sources ouvertes, contacts
OSINTTousRecherche numérique, analyse

À quoi ressemble une journée type ?

Il n’y a pas de journée type au sens strict. Il y a deux sortes de journées : les journées de terrain et les journées de bureau.

Une journée de terrain

  • La veille : repérage du lieu sur carte, points de stationnement, sorties possibles, horaires probables.
  • Tôt le matin : mise en place avant que la personne observée ne sorte. Batteries chargées, cartes mémoire vides, véhicule discret.
  • La journée : attente, puis quelques minutes d’action. Le métier, c’est environ 80 % d’attente et 20 % d’action. Chaque déplacement est noté avec l’heure exacte.
  • Le soir : tri des images, prise de notes, premier compte rendu au client ou à l’avocat.

Une journée de bureau

  • Premiers entretiens avec de nouveaux clients, analyse de leur demande et de sa légalité.
  • Recherches en sources ouvertes et dans les registres.
  • Rédaction des rapports, facturation, suivi des provisions.
  • Prospection : contacts avec les avocats, mise à jour du site et de la fiche Google.

Le refus fait aussi partie du métier. Une demande illégale (poser un traceur sur le véhicule d’un tiers, accéder à un téléphone, enregistrer une conversation privée) doit être refusée, même si le client insiste. Voir traceur GPS et enregistrement de conversation.

Deux enquêteurs en voiture pendant une filature

Comment se déroule un mandat, du premier contact au rapport ?

  1. Le premier entretien : le client expose sa situation. Le détective écoute, pose des questions et vérifie que la demande est légitime et légale. Il explique aussi ce qu’il ne pourra pas faire.
  2. La définition de l’objectif : une question précise et vérifiable. « Savoir ce que fait mon conjoint le jeudi soir » est un objectif. « Tout savoir sur lui » n’en est pas un, et pose des problèmes de proportionnalité au regard de la protection des données.
  3. Le contrat de mandat et la provision : tout est écrit, et une provision est versée avant le début des opérations.
  4. La préparation : recherches préalables en sources ouvertes, repérage, choix du dispositif.
  5. Les opérations : observation, filature, recherches, toujours dans les lieux publics ou visibles depuis un lieu public.
  6. Le rapport : chronologique, factuel, horodaté, illustré de photos légales. Sans opinion, sans supposition.
  7. La restitution : le détective remet le rapport au client ou à son avocat, explique les résultats et conserve le dossier de façon confidentielle.

Pourquoi le rapport est-il le cœur du métier ?

Le client ne paie pas des heures de voiture. Il paie une réponse fiable et un document qu’il peut utiliser. Un bon rapport décrit ce qui a été vu, où et quand, avec des images obtenues sans entrer dans le domaine privé de la personne. Il distingue les faits constatés des informations rapportées.

C’est ce document que l’avocat montrera au juge. C’est aussi lui qui fera revenir l’avocat pour le dossier suivant. Un détective qui rédige mal perd ses prescripteurs, même s’il est excellent sur le terrain. Pour aller plus loin, lisez le rapport du détective est-il recevable au tribunal ? et un détective peut-il filmer ou photographier ?

La confidentialité fait partie du même engagement. Les dossiers contiennent des données personnelles sensibles : la loi sur la protection des données s’applique, avec ses principes de licéité, de proportionnalité et de finalité. Voir détective privé et nouvelle LPD.

Quelles qualités faut-il pour ce métier ?

  • La patience : tenir des heures sans bouger, sans perdre sa concentration.
  • La discrétion : se fondre dans un environnement et ne jamais parler des dossiers.
  • La rigueur : heures exactes, faits vérifiables, aucune interprétation dans le rapport.
  • Le sens du cadre légal : savoir s’arrêter au bon endroit.
  • L’écoute : les clients arrivent souvent dans un moment difficile de leur vie. Il faut comprendre leur besoin réel et leur dire la vérité sur ce qui est possible.
  • Le sens commercial : un indépendant doit trouver ses mandats lui-même.

Aucune de ces qualités n’exige un passé policier. Elles se travaillent. Si vous envisagez un changement de carrière, lisez se reconvertir comme détective privé.

Indépendant ou salarié ?

La grande majorité des détectives travaillent comme indépendants ou dirigent une petite agence. Les postes salariés existent mais restent rares. Dans les cantons qui exigent une autorisation, elle est personnelle : à Genève, elle est délivrée à une personne physique, et dans le Jura, les employés qui travaillent comme détectives doivent aussi être autorisés. Pour les revenus, consultez salaire et revenus. Pour se lancer, ouvrir son agence.

Des exemples réels d’activité

Pour voir à quoi ressemble ce métier au quotidien, deux agences actives en Suisse romande présentent leurs mandats : GP Investigation, agence généraliste (conjugal, entreprises, recherche de personnes), et detective-conjugal.ch, spécialisée dans les enquêtes de couple. Toutes deux sont dirigées par l’auteur de ce site.

Questions fréquentes

Quelle est la mission la plus fréquente d’un détective privé ?

Pour un détective indépendant, c’est l’enquête conjugale, suivie des mandats pour entreprises et de la recherche de personnes.

Quelle différence entre détective privé et agent de sécurité ?

L’agent de sécurité surveille des biens ou protège des personnes, activités soumises au concordat sur les entreprises de sécurité. Le détective recherche des renseignements, activité régie par des lois cantonales spécifiques quand elles existent.

Un détective peut-il travailler pour une assurance invalidité ?

Seulement avec l’autorisation fédérale de spécialiste en observation délivrée par l’OFAS, qui pose des exigences de formation et d’expérience élevées.

Le détective privé travaille-t-il seul ?

Souvent oui, mais certaines filatures se font à deux pour ne pas perdre la personne observée et rester discret.