En bref

Ouvrir une agence de détective privé en Suisse demande peu de capital : la plupart démarrent en raison individuelle, sans capital minimum. Les étapes clés sont l’autorisation cantonale là où elle existe (Genève, Neuchâtel, Jura), l’affiliation AVS comme indépendant, une assurance RC professionnelle, puis la TVA dès CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel. Le vrai défi reste de trouver ses premiers clients.

Vous avez la motivation, vous connaissez le cadre légal, vous avez peut-être déjà votre autorisation. Reste une étape que beaucoup sous-estiment : transformer une compétence en entreprise viable. Voici la feuille de route, dans l’ordre.

Création d'une agence de détective privé : bureau, dossiers et documents administratifs

Étape 1 : vérifier l’autorisation de votre canton

Il n’existe pas de licence fédérale de détective privé. Ce sont les cantons qui décident. Avant toute démarche, vérifiez la règle de votre canton : c’est elle qui fixe le cadre de tout le reste.

  • Genève : autorisation obligatoire selon la LAInt, dossier déposé à la BASPE, CHF 500 plus CHF 100 pour la carte professionnelle, décision dans un mois dès réception du dossier complet. L’autorisation est personnelle : une société doit désigner un directeur qui remplit les conditions.
  • Neuchâtel : autorisation obligatoire selon la LPCom (art. 10 al. 1 let. g), dossier au SCAV au moins 30 jours avant le début. Une entité doit désigner une personne responsable présente et joignable.
  • Jura : autorisation selon l’ordonnance RSJU 935.993.2, caution de CHF 3 000, renouvellement tous les 2 ans, inscription au registre du commerce obligatoire (art. 11). Seuls les noms « bureau de détective privé », « bureau de détective » ou « bureau de renseignements » sont admis. Application actuelle à confirmer auprès du canton.
  • Vaud : pas d’autorisation cantonale spécifique pour les détectives selon les sources consultées.
  • Valais et Fribourg : aucun texte imposant une autorisation n’a été trouvé (non vérifié formellement).

Pensez aussi aux cantons voisins si vous comptez y intervenir. Le tableau complet est sur la page autorisations par canton. Si vous ajoutez de la surveillance de biens ou de la protection de personnes, vous entrez dans le champ du concordat sur les entreprises de sécurité (examen, RC d’au moins CHF 5 millions) : voir le concordat et les détectives.

Étape 2 : choisir votre forme juridique

Formes juridiques pour une agence de détective
FormeCapital minimumRegistre du commerceResponsabilité
Raison individuelleAucunObligatoire dès CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel, possible avantSur vos biens personnels
SàrlCHF 20 000ObligatoireLimitée à la fortune de la société
SACHF 100 000ObligatoireLimitée à la fortune de la société

La raison individuelle

La forme la plus simple pour démarrer seul. Aucun capital minimum, peu de formalités. L’inscription au registre du commerce devient obligatoire à partir de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel, mais elle reste possible avant et renforce votre crédibilité auprès des avocats. Dans le Jura, elle est exigée d’office par l’ordonnance. Contrepartie : vous répondez des dettes de l’entreprise sur vos biens personnels.

La Sàrl

Capital minimum de CHF 20 000, inscription obligatoire au registre du commerce, responsabilité limitée à la fortune de la société. Une option pertinente quand l’activité se développe ou si vous vous associez. À Genève, rappelez-vous que l’autorisation reste personnelle : la société doit désigner un directeur autorisé.

La SA

Capital minimum de CHF 100 000. Rarement nécessaire pour démarrer une agence de détective.

Le conseil terrain : la grande majorité des détectives démarrent en raison individuelle. Passer en Sàrl plus tard reste possible quand le chiffre d’affaires et les risques le justifient. Faites valider votre choix par une fiduciaire.

Étape 3 : les démarches obligatoires

  • Statut d’indépendant à l’AVS : vous vous annoncez auprès de votre caisse de compensation, qui reconnaît (ou non) votre statut d’indépendant. Sans cette reconnaissance, vos mandants pourraient être considérés comme vos employeurs.
  • Assurance responsabilité civile professionnelle : aucune loi cantonale romande ne l’impose aux détectives selon les textes consultés, mais elle est indispensable. Une erreur de surveillance, un dommage causé à un tiers, une contestation de client : vous devez être couvert.
  • TVA : l’assujettissement devient obligatoire à partir de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel.
  • Comptabilité : même simple, elle doit être tenue dès le premier franc.
  • Protection des données : vos dossiers contiennent des données personnelles. La LPD s’applique, avec des amendes pénales pouvant viser la personne physique responsable. Voir détective privé et nouvelle LPD.

Étape 4 : l’équipement de départ

Pas besoin d’investir une fortune. L’essentiel :

  • un véhicule discret (le vôtre suffit souvent au début) ;
  • un appareil photo avec téléobjectif ;
  • un ordinateur et des outils de recherche en ligne (voir les outils OSINT) ;
  • des modèles de documents : contrat de mandat, rapport, facture, conditions générales.

Pas de local obligatoire : vous pouvez travailler depuis chez vous et recevoir vos clients dans un lieu neutre et discret.

Étape 5 : fixer vos tarifs

En Suisse, les détectives facturent généralement à l’heure, plus les frais (kilomètres, repas, matériel spécifique). Trois règles simples :

  1. Calculez votre plancher : charges fixes, assurances, cotisations sociales et revenu visé, divisés par vos heures réellement facturables.
  2. Demandez toujours une provision avant de commencer. Une enquête conjugale ne se facture pas après coup à un client qui a obtenu sa réponse.
  3. Écrivez tout : un contrat de mandat clair évite la grande majorité des litiges.

Dans le Jura, l’ordonnance demande d’ailleurs de joindre un tarif détaillé à la demande d’autorisation (art. 3). Pour les ordres de grandeur de revenus, voir salaire et revenus d’un détective privé.

Étape 6 : trouver vos premiers clients

Les mandats viennent de deux sources principales :

  • Les prescripteurs : avocats en droit de la famille et en droit du travail, fiduciaires, régies immobilières, assureurs, entreprises. Un seul avocat satisfait peut vous envoyer plusieurs dossiers par an.
  • Les particuliers, qui cherchent sur Google « détective privé » suivi du nom de leur ville. D’où l’importance d’un site clair et d’une fiche Google Business bien remplie.

Votre meilleur argument commercial reste un rapport impeccable : c’est lui que l’avocat montrera au juge, et dont il se souviendra pour le dossier suivant. Voir le rapport du détective est-il recevable ?

Rapport d'enquête et photographies de preuve préparés pour un avocat

Étape 7 : se rendre visible localement

Une agence de détective est une entreprise locale. Les clients cherchent un professionnel près de chez eux, qui connaît leur ville et leur canton.

  • Un site web simple et clair : vos domaines d’intervention, votre zone géographique, votre méthode, votre autorisation cantonale si vous en avez une, et un moyen de contact confidentiel.
  • Une fiche Google Business complète : catégorie, horaires, zone desservie, photos neutres. C’est souvent le premier contact d’un particulier avec votre agence.
  • Des pages par type de mandat : enquête conjugale, entreprises, recherche de personnes. Chaque page répond aux questions réelles des clients.
  • Un message honnête : n’annoncez jamais des méthodes illégales (traceurs, écoutes) ni des titres que vous n’avez pas. Ne vous présentez pas comme « diplômé » ou « reconnu par l’Etat ».

Pour un exemple d’agence en activité, voyez GP Investigation et detective-conjugal.ch, les deux agences de l’auteur.

Votre liste de contrôle avant le premier mandat

  1. Règle cantonale vérifiée, autorisation obtenue si nécessaire.
  2. Forme juridique choisie, inscription au registre du commerce si obligatoire ou souhaitée.
  3. Affiliation AVS comme indépendant confirmée par la caisse de compensation.
  4. Assurance RC professionnelle signée.
  5. Compte bancaire professionnel et comptabilité en place.
  6. Contrat de mandat, conditions générales, modèle de rapport et facture prêts.
  7. Tarif plancher calculé, règle de provision définie.
  8. Procédure de conservation et de suppression des dossiers conforme à la LPD.

Les pièges des débuts

  • Accepter un mandat douteux par peur de manquer de travail.
  • Brader ses tarifs pour décrocher les premiers clients.
  • Démarrer sans assurance RC.
  • Exercer à Genève sans autorisation : l’amende peut atteindre CHF 20 000 (art. 5 LAInt).
  • Choisir un nom commercial trompeur : dans le Jura, les termes « diplômé » et « reconnu par l’Etat » sont interdits.
  • Négliger la confidentialité des dossiers et des données personnelles.

Pour le parcours complet en amont, lisez devenir détective privé en Suisse. La formation consacre deux modules à la création d’agence et à la recherche de clients, avec des documents professionnels prêts à l’emploi, dont le contrat de mandat et la grille tarifaire. Elle ne garantit pas l’obtention d’une autorisation cantonale.

Questions fréquentes

Quelle forme juridique choisir pour une agence de détective ?

La raison individuelle convient à la plupart des débuts : aucun capital minimum et peu de formalités. La Sàrl, avec CHF 20 000 de capital, limite la responsabilité quand l’activité grandit.

L’inscription au registre du commerce est-elle obligatoire ?

Pour une raison individuelle, elle devient obligatoire à partir de CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel. Dans le Jura, l’ordonnance sur les agences de détectives l’exige d’office.

Faut-il une assurance responsabilité civile ?

Aucune loi cantonale romande ne l’impose aux détectives selon les textes consultés, mais elle est indispensable pour vous protéger en cas de dommage ou de litige.

À partir de quand faut-il s’assujettir à la TVA ?

Dès CHF 100 000 de chiffre d’affaires annuel.

Une société peut-elle obtenir l’autorisation à Genève ?

Non, l’autorisation est délivrée à une personne physique. La société doit désigner un directeur qui remplit les conditions.