En bref

Un enquêteur OSINT n’a pas besoin de centaines d’outils. Il lui faut six familles : moteurs de recherche, registres officiels, réseaux sociaux, images, archives du web et outils de documentation. La méthode compte plus que l’outil : un outil se remplace, une bonne habitude de recoupement et de capture reste.

Chaque mois, de nouveaux outils OSINT apparaissent et d’autres disparaissent. Courir après la dernière nouveauté est une perte de temps. Ce qui reste stable, ce sont les catégories : savoir quel type d’outil répond à quelle question. Cette page présente ces catégories, avec des exemples connus et les bonnes pratiques qui rendent un résultat utilisable dans un rapport.

Comment choisir un outil OSINT ?

Avant d’ouvrir un outil, posez-vous trois questions :

  1. Quelle est ma question ? Retrouver une adresse, vérifier une société et dater une photo ne demandent pas les mêmes outils.
  2. D’où viennent les données ? Un registre officiel fait foi. Une plateforme qui agrège des données peut avoir du retard ou des erreurs.
  3. L’usage est-il légal en Suisse ? Certains outils puissants posent des problèmes de protection des données. La puissance technique ne vaut pas autorisation.

Gardez ensuite une règle simple : un outil oriente, il ne prouve pas. La preuve vient du recoupement entre plusieurs sources indépendantes et de la trace que vous en gardez.

Quelles sont les grandes catégories d’outils ?

Les six familles d’outils OSINT pour un détective
CatégorieExemplesQuestion type
Moteurs de rechercheGoogle, Bing, DuckDuckGo, YandexOù ce nom, cet e-mail ou ce pseudonyme apparaît-il ?
Registres officiels suissesZefix, FOSC, registre IDE, registre foncier, office des poursuitesCette société existe-t-elle, qui la dirige, a-t-elle des difficultés ?
Plateformes d’agrégationMoneyhouseQuels liens entre une personne et plusieurs sociétés ?
Annuaires et sources complémentaireslocal.ch, search.ch, simap.ch, liste des sanctions du SECOCette adresse est-elle cohérente, cette entité est-elle sanctionnée ?
Images et vidéosGoogle Lens, Bing Visual Search, Yandex Images, TinEye, ExifTool, InVID-WeVerifyCette photo est-elle authentique, où et quand a-t-elle été prise ?
Archives et documentationArchives du web, captures horodatées, journal de rechercheQue montrait cette page avant d’être modifiée, comment le prouver ?
Recherche en sources ouvertes sur un ordinateur avec des opérateurs de recherche avancés

Moteurs de recherche : la compétence la plus rentable

La plupart des gens tapent quelques mots et parcourent la première page. Un enquêteur donne des ordres précis au moteur grâce aux opérateurs de recherche, dont les combinaisons sont appelées « Google Dorks ». Avec deux ou trois opérateurs bien choisis, des milliers de résultats sans rapport deviennent une dizaine de résultats pertinents.

Les plus utiles : les guillemets pour l’expression exacte, le signe moins pour exclure un homonyme, site: pour cibler un site ou l’extension .ch, filetype:pdf pour faire remonter rapports annuels et procès-verbaux, before: et after: pour filtrer par date. Tout est légal : vous n’accédez qu’à ce que le moteur a déjà indexé publiquement.

Deux réflexes complètent la technique. Commencez large, puis resserrez un opérateur à la fois. Et testez plusieurs moteurs : Bing, DuckDuckGo ou Yandex n’indexent pas les mêmes pages que Google.

À lire sur le blog. L’article Google Dorks : 12 opérateurs de recherche pour enquêter détaille chaque opérateur avec des exemples prêts à adapter, les combinaisons efficaces et les pièges à éviter (homonymes, résultats personnalisés, oubli de documenter).

Registres officiels et plateformes d’agrégation

Pour une entreprise, le point de départ est toujours officiel. Zefix, l’index central des raisons de commerce, renvoie vers l’extrait du registre cantonal. La Feuille officielle suisse du commerce (FOSC) garde la mémoire des inscriptions, faillites et appels aux créanciers. Le registre IDE permet de vérifier qu’un numéro CHE correspond bien à l’entité annoncée.

Les plateformes privées comme Moneyhouse présentent ces mêmes données de façon plus lisible, avec le réseau de mandats d’une personne. Elles font gagner du temps pour cartographier des liens. Mais elles peuvent avoir du retard : dans un rapport, citez toujours la source officielle et sa date de consultation. Les règles d’accès de chaque registre sont expliquées sur la page registres publics suisses.

Réseaux sociaux : ce qui est ouvert, et ce qui ne l’est pas

Les réseaux sociaux sont une source majeure, mais la frontière est nette. Un profil ouvert, une publication visible par tous, une photo non protégée : vous pouvez les consulter et les documenter. Un profil verrouillé ou des photos réservées aux « amis » ne sont pas des sources ouvertes. Y accéder avec un faux profil est un subterfuge qui porte atteinte à la personnalité (art. 28 CC) et vicie la preuve.

Les outils utiles ici sont surtout les moteurs de recherche eux-mêmes, avec site: pour cibler une plateforme, et la recherche de pseudonymes : une personne réutilise souvent le même identifiant sur plusieurs services.

Images et vidéos : vérifier avant de conclure

Une photo ne prouve rien tant qu’elle n’a pas été vérifiée. La recherche inversée soumet l’image au moteur, qui retrouve les pages où elle apparaît. Aucun moteur ne trouve tout : Google Lens excelle sur les lieux et objets, TinEye trie par date pour trouver la première apparition, Yandex Images est réputé sur les visages, Bing Visual Search donne d’autres résultats.

Les métadonnées EXIF (date, appareil, parfois coordonnées GPS) se lisent avec un outil comme ExifTool. Attention : la plupart des réseaux sociaux et messageries les suppriment à l’envoi, et elles se modifient facilement. Elles orientent, elles ne prouvent pas seules. Pour les vidéos, une extension comme InVID-WeVerify extrait des images clés à soumettre à la recherche inversée.

À lire sur le blog. L’article Vérifier une photo : recherche inversée et métadonnées présente la méthode en 5 étapes : moteurs de recherche inversée, EXIF, lecture des ombres et des enseignes, repérage des images générées par IA, vérification des vidéos.

Reconnaissance faciale : puissant mais risqué

Des services en ligne de reconnaissance faciale, comme PimEyes ou Clearview AI, retrouvent des photos d’une personne à partir de son visage. Techniquement, c’est impressionnant. Juridiquement, c’est très risqué en Suisse. Les données biométriques sont des données personnelles sensibles au sens de la loi sur la protection des données. Leur usage dans une enquête privée pose de sérieuses questions de proportionnalité et de licéité. Ne vous y fiez jamais comme source principale. Le cadre est détaillé sur la page détective privé et nLPD.

Documentation : l’outil le plus sous-estimé

Une page web change ou disparaît. Un lien copié-collé ne suffit donc pas. Pour chaque information retenue :

  • faites une capture d’écran montrant l’URL complète et la date de consultation ;
  • notez dans un journal de recherche la requête utilisée et le résultat obtenu ;
  • conservez les fichiers originaux (photos, PDF) et leur provenance ;
  • indiquez pour chaque fait la deuxième source qui le confirme.

Ce journal est ce qui permet à un avocat ou à un juge de suivre votre raisonnement. Sans lui, la meilleure trouvaille reste une affirmation.

Les bonnes pratiques d’un enquêteur OSINT

  • Recouper. Une information sur une seule source est une piste. Elle devient fiable quand une deuxième source indépendante la confirme.
  • Se méfier des homonymes. Rattachez un résultat à votre cible seulement s’il concorde sur un second élément : ville, âge, employeur, photo.
  • Neutraliser la personnalisation. Une fenêtre de navigation privée limite l’effet de votre historique sur les résultats.
  • Rester dans le public. Consulter un document mis en ligne par erreur n’est pas du piratage. Contourner un mot de passe ou un accès restreint l’est (art. 143bis CP). Voir la page l’OSINT est-il légal en Suisse ?
  • Collecter avec mesure. Ne gardez que ce qui répond à la question du mandat. La proportionnalité est un principe de la loi sur la protection des données.
  • Combiner avec le terrain. L’OSINT prépare et vérifie. Le terrain confirme et complète.

Apprendre à utiliser ces outils avec méthode

La formation OSINT, incluse dans l’abonnement avec la formation de détective privé, consacre un module aux moteurs de recherche et aux opérateurs avancés, puis apprend à pivoter vers les réseaux sociaux, les registres suisses et l’analyse d’images. Un répertoire d’outils classés par catégorie l’accompagne.

Questions fréquentes

Quel est le meilleur outil OSINT ?

Il n’y en a pas un seul. Le bon outil dépend de la question posée. Pour débuter, un moteur de recherche bien maîtrisé, les registres officiels suisses et un outil de recherche inversée d’images couvrent la majorité des besoins.

Les outils OSINT sont-ils gratuits ?

Beaucoup le sont : moteurs de recherche, Zefix, la FOSC, la plupart des outils de recherche inversée. Certaines plateformes d’agrégation proposent une partie gratuite et le reste sur abonnement.

Les Google Dorks sont-ils légaux ?

Oui. Les opérateurs de recherche donnent accès uniquement à ce que le moteur a déjà indexé publiquement. Tenter de contourner un mot de passe ou un accès restreint reste en revanche interdit (art. 143bis CP).

Peut-on utiliser un outil de reconnaissance faciale en Suisse ?

C’est très risqué dans une enquête privée. Les données biométriques sont des données sensibles au sens de la loi sur la protection des données. Elles ne doivent jamais servir de source principale.

Pourquoi les métadonnées d’une photo ne suffisent-elles pas ?

Parce que les réseaux sociaux et messageries les suppriment souvent, et qu’elles se modifient facilement. Elles orientent l’enquête, mais doivent être confirmées par d’autres indices.