En Suisse, enregistrer une conversation sans le consentement des personnes concernées est en principe une infraction. L’art. 179bis CP punit l’écoute et l’enregistrement d’une conversation entre d’autres personnes (jusqu’à 3 ans de peine privative de liberté). L’art. 179ter CP punit aussi celui qui enregistre une conversation à laquelle il participe, sans l’accord des autres (jusqu’à 1 an, sur plainte).
Pourquoi cette question revient si souvent
Chaque semaine, un client me demande s’il peut enregistrer son conjoint, son associé ou son employeur. Le téléphone le rend facile : une touche suffit. L’intuition est souvent la même : « si je participe à la conversation, j’ai le droit ». En droit suisse, c’est faux.
Le Code pénal protège la parole non publique comme une partie du domaine secret ou privé. Les art. 179 à 179novies CP forment un ensemble cohérent. Trois articles concernent directement l’enregistrement.

Art. 179bis CP : la conversation entre d’autres personnes
Celui qui, sans le consentement de tous les participants, écoute ou enregistre une conversation non publique entre d’autres personnes commet une infraction. La peine peut aller jusqu’à 3 ans de peine privative de liberté.
C’est le cas typique du micro laissé dans une voiture, d’une application installée sur le téléphone d’un autre, ou d’un enregistreur caché dans une pièce. Pour un détective privé, il n’y a aucune exception : poser un micro est exclu.
Art. 179ter CP : la conversation à laquelle on participe
Celui qui enregistre, sans le consentement des autres interlocuteurs, une conversation non publique à laquelle il prend part est aussi punissable. La peine peut aller jusqu’à 1 an de peine privative de liberté. L’infraction est poursuivie sur plainte : la personne enregistrée doit déposer plainte pour que la procédure s’ouvre.
Ce point surprend. En Suisse, participer à la conversation ne suffit pas. Il faut l’accord des autres. Le plus simple reste de l’annoncer clairement au début de l’échange.
| Article | Situation visée | Peine maximale | Poursuite |
|---|---|---|---|
| Art. 179bis CP | Écoute ou enregistrement d’une conversation entre d’autres personnes | 3 ans | Voir le texte officiel |
| Art. 179ter CP | Enregistrement d’une conversation à laquelle on participe, sans consentement | 1 an | Sur plainte |
| Art. 179quinquies CP | Exceptions étroites prévues par la loi | Sans objet | Sans objet |
Art. 179quinquies CP : des exceptions limitées
L’art. 179quinquies CP prévoit des cas dans lesquels certains enregistrements ne sont pas punissables. Ces exceptions sont étroites et pensées pour des situations précises fixées par la loi. Elles ne créent pas un droit général d’enregistrer pour se constituer une preuve dans un conflit privé.
Avant de vous appuyer sur une exception, lisez le texte exact sur le recueil officiel et demandez l’avis d’un avocat. Je ne l’utilise jamais comme base d’une mission.
Et les appareils eux-mêmes ?
Le Code pénal ne vise pas seulement l’acte d’enregistrer. L’art. 179sexies CP vise aussi les appareils d’écoute, d’enregistrement et de prise de vues. Le détail des comportements réprimés se lit dans le texte officiel. En pratique, un détective sérieux n’a aucun dispositif d’écoute dans sa voiture.
Ce que cela change pour le détective privé
Sur le terrain, la règle est simple : pas de son. Concrètement :
- pas de micro dans un véhicule, un bureau ou un logement ;
- pas d’application d’écoute sur le téléphone d’un tiers, ce qui tomberait aussi sous l’art. 143bis CP ;
- micro coupé sur la caméra lors d’une observation, pour ne pas capter les échanges des passants ou de la personne observée ;
- lors d’un entretien avec un témoin, prise de notes, ou enregistrement uniquement avec son accord clair, idéalement donné au début de l’enregistrement.
Ce que le détective entend directement, sans moyen technique, dans un lieu public, peut figurer dans son rapport comme un constat. Il le note avec l’heure et le lieu, sans l’enregistrer.
Le cadre général des gestes permis et interdits est sur la page ce qu’un détective privé a le droit de faire. Pour l’image, voir filmer ou photographier.
Trois cas que l’on me soumet souvent
L’application d’enregistrement automatique des appels
Certains téléphones proposent d’enregistrer tous les appels. L’outil ne change pas la règle : sans l’accord de l’interlocuteur, l’enregistrement d’une conversation à laquelle vous participez tombe sous l’art. 179ter CP. Le fait que l’appareil le fasse « tout seul » n’est pas un argument.
La dispute enregistrée à la maison
Un client laisse son téléphone enregistrer pendant une discussion de couple. S’il y participe, c’est l’art. 179ter CP. Si le téléphone capte une conversation entre son conjoint et un tiers en son absence, c’est l’art. 179bis CP, plus sévère. Dans les deux cas, la preuve est fragile et le risque de plainte réel.
Le témoin qui raconte, mais ne veut pas être enregistré
C’est son droit. Le détective prend des notes pendant ou juste après l’entretien, avec la date, l’heure et le lieu. Il peut ensuite proposer au témoin de relire et signer une déclaration écrite. Un témoignage signé vaut souvent mieux qu’un fichier audio contestable.
Un enregistrement caché peut-il servir de preuve ?
Un enregistrement fait en violation des art. 179bis ou 179ter CP est une preuve obtenue de manière illicite. En procédure civile, l’art. 152 al. 2 CPC prévoit qu’une telle preuve n’est prise en considération que si l’intérêt à la manifestation de la vérité est prépondérant. En procédure pénale, l’art. 141 CPP est plus strict encore.
Le risque est double. Le juge peut écarter l’enregistrement. Et son auteur s’expose à une plainte pénale de la personne enregistrée. Dans une procédure de divorce, ce retournement est fréquent et coûteux. Plus de détails sur la page preuve au tribunal.
Les alternatives légales
Il existe presque toujours une autre voie pour établir un fait :
- une observation documentée par photos dans l’espace public ;
- des échanges écrits que vous avez reçus vous-même ;
- des témoins qui acceptent de déposer ;
- des documents publics ou des registres.
Si vous vivez une situation de couple et cherchez à établir des faits sans risque pénal, une agence comme Détective conjugal travaille uniquement avec ces moyens.
Questions fréquentes
Puis-je enregistrer un appel avec mon conjoint sans le lui dire ?
En principe non. L’art. 179ter CP punit l’enregistrement d’une conversation à laquelle on participe sans le consentement des autres, sur plainte.
Un détective privé peut-il poser un micro ?
Non. Écouter ou enregistrer une conversation entre d’autres personnes sans leur consentement est puni par l’art. 179bis CP, jusqu’à 3 ans.
Un enregistrement caché est-il valable devant un juge ?
C’est une preuve illicite. En procédure civile, elle n’est retenue que si l’intérêt à la manifestation de la vérité est prépondérant (art. 152 al. 2 CPC).
Comment enregistrer un entretien légalement ?
Annoncez l’enregistrement au début de l’échange et obtenez l’accord clair de chaque participant.